Formation 04/09/2026 8 min min de lecture

Fermeture du campus The Land à Rennes : que deviennent les étudiants, leurs frais et leurs recours

Un courriel le 1er septembre au soir, une rentrée annulée le 7 : les quelque 300 étudiants du campus privé The Land à Rennes se retrouvent sans école. Voici leurs droits et les démarches à engager.

Groupe de jeunes étudiants marchant sur le trottoir du campus par une journée ensoleillée
Photo : George Pak via Pexels
Le campus privé The Land, à Rennes, a annoncé mardi 1er septembre 2026 au soir, par simple courriel, la cessation immédiate de toutes ses activités pédagogiques, à six jours d'une rentrée prévue le 7 septembre. Environ 300 étudiants répartis dans une douzaine d'écoles supérieures se retrouvent sans établissement, et près de 200 salariés sans emploi. Premier réflexe si vous êtes concerné : conserver contrat, mails et preuves de paiement, et, si vous êtes en alternance, prévenir immédiatement votre employeur — c'est à lui de vous réinscrire dans un autre centre de formation.

Fermeture de The Land : les faits, date par date

  • Lundi 31 août : le conseil d'administration valide la cessation d'activité de l'établissement, selon Alouette et Actu.fr.
  • Mardi 1er septembre, dans la soirée : la direction envoie un courriel annonçant l'arrêt immédiat de l'ensemble des enseignements. L'information est révélée par Le Télégramme ; certains étudiants l'apprennent par un article partagé dans leur groupe WhatsApp avant même d'avoir reçu le mail, rapporte TVR.
  • Lundi 7 septembre : c'était la date prévue de la rentrée.
  • Depuis l'annonce : sur le site de sept hectares de la Lande du Breil, les grilles sont fermées et le standard téléphonique sonne dans le vide, décrit RCA.
  • Vendredi 4 septembre : la Ville de Rennes réagit par communiqué et demande une coordination d'urgence.

Le bilan humain est lourd : environ 300 étudiants selon TVR — « des centaines » selon la presse locale — et près de 200 salariés privés d'emploi du jour au lendemain, selon Alouette.

The Land, c'était quoi exactement ?

Inauguré en 2020 et présenté à l'origine comme un campus dédié aux métiers de la ruralité, The Land regroupait une douzaine d'écoles supérieures privées proposant une quarantaine de formations — BTS, bachelors et masters — progressivement élargies à la communication, à la gestion ou encore au tourisme. Ces formations étaient hors contrat, avec des frais de scolarité pouvant atteindre 9 000 euros par an, selon RCA.

L'établissement, récemment renommé The Land School of Management, montrait des signes de fragilité depuis plusieurs années : grève du personnel en 2024 mettant en cause le management du directeur général Jean-Marc Esnault, puis séparation, en novembre 2025, des trois lycées agricoles privés du groupe Saint-Exupéry (Rennes, Vitré, La Guerche-de-Bretagne) venus à l'origine adosser le projet. RCA évoque un déficit de plus d'un million d'euros que la structure d'enseignement supérieur n'a pas réussi à combler.

Précision importante relevée par TVR : le groupe Saint-Exupéry, pourtant installé sur le même site de la Lande du Breil, n'est pas concerné par cette fermeture.

Ce que dit la Ville de Rennes

Dans un communiqué transmis à Actu.fr le 4 septembre, la municipalité juge l'annonce « incompréhensible » : « Cette façon de faire est indigne et méprisante vis-à-vis des étudiants qui ont engagé des frais pour se loger et pour suivre les formations proposées par cet organisme. » Elle estime « urgent de sécuriser les situations des étudiants concernés par l'arrêt des activités pédagogiques, notamment les étudiants internationaux mais également les élèves qui s'apprêtaient à démarrer des alternances ».

Justin Amiot, vice-président métropolitain délégué à l'enseignement supérieur, a proposé « qu'une coordination soit organisée au plus vite avec les services de l'État et la Région Bretagne afin de garantir une continuité pédagogique ». Les services de la Ville, de la Métropole et du CCAS sont par ailleurs mobilisés pour orienter les étudiants les plus précaires.

Étudiants, parents : les premiers réflexes

  • Rassemblez toutes vos pièces : contrat de scolarité, conditions générales, factures, preuves de virement, mails échangés avec l'école. Ce dossier servira pour toute demande de remboursement ou déclaration de créance.
  • Écrivez à la direction (mail daté, conservé) pour demander l'état de votre situation et le sort des sommes versées, même si le standard ne répond plus.
  • Vérifiez vos prélèvements : si des échéances de scolarité sont programmées, parlez-en à votre banque.
  • Si vous êtes en alternance, contactez votre employeur sans attendre : votre contrat de travail ne disparaît pas avec l'école (voir plus bas).
  • Faites-vous accompagner : rectorat, association de consommateurs, cellule d'aide bénévole (voir plus bas).

Frais de scolarité : que peut-on récupérer ?

Restons prudents : chaque situation dépend du contrat signé. Deux repères tout de même.

D'abord, une prestation payée mais non fournie peut être réclamée. La jurisprudence récente est plutôt favorable aux familles : dans une décision du 26 novembre 2025 relayée par Service-Public.fr, la Cour de cassation a jugé abusive, au regard de l'article L. 212-1 du code de la consommation, une clause imposant de payer l'intégralité des frais de scolarité sans tenir compte de la date du désistement.

Ensuite, si une liquidation judiciaire venait à être prononcée — ce qui n'est pas confirmé à ce stade pour The Land, placé en cessation d'activité —, les étudiants et familles créanciers devraient adresser une déclaration de créance au liquidateur désigné, en recommandé avec accusé de réception, dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement au BODACC, avec l'ensemble des justificatifs. Passé ce délai, la créance risque de ne plus être prise en compte. En cas de doute, faites-vous aider par une association de consommateurs ou un avocat.

Alternants et apprentis : votre contrat ne tombe pas de lui-même

C'est le point le plus important pour ceux qui devaient démarrer une alternance. Le ministère du Travail et les OPCO le rappellent : la fermeture ou la défaillance économique d'un centre de formation n'est ni un cas de force majeure, ni un motif de rupture unilatérale du contrat d'apprentissage. L'inscription de l'apprenti dans un CFA relève de la responsabilité de l'employeur (article L. 6223-2 du code du travail) : c'est donc à l'entreprise de rechercher un autre organisme dispensant la même certification pour que le contrat se poursuive.

Concrètement : appelez votre employeur, mettez votre OPCO dans la boucle et demandez ce qui est engagé pour trouver un CFA de remplacement. Ne laissez pas la situation s'installer, car les entreprises ont aussi leurs contraintes de recrutement.

Poursuivre ses études : les pistes concrètes à Rennes

Un élan de solidarité s'est organisé dès l'annonce. Armelle Bernois-Tanguy, formatrice installée à Guichen, a monté une cellule d'accompagnement bénévole et gratuite pour rediriger les étudiants vers des CFA bretons proposant des formations proches de celles de The Land, rapportent TVR et Alouette. Des établissements, des lycées et des professionnels de la région se sont également manifestés sur les réseaux sociaux pour proposer des places et des conseils.

Côté institutions, la coordination annoncée entre la Ville, l'État et la Région Bretagne doit organiser la continuité pédagogique. En attendant, rapprochez-vous du rectorat et des établissements de votre filière. Et si votre projet évolue vers une insertion professionnelle rapide, gardez en tête que le marché de l'emploi à Rennes reste dynamique, tout comme l'offre de formation dans l'ensemble de la Bretagne.

CVEC, logement, aides

Si vous ne parvenez pas à vous réinscrire dans l'enseignement supérieur cette année, la CVEC acquittée peut, sous conditions, être remboursée par le Crous : la demande se fait sur cvec.etudiant.gouv.fr, au plus tard le 31 mai de l'année universitaire. Pour le logement et les difficultés financières immédiates, la Ville de Rennes renvoie vers ses dispositifs de solidarité et le CCAS.

Avant de vous réinscrire ailleurs : les questions à poser

La mésaventure de The Land rappelle une règle d'or de l'enseignement supérieur privé : vérifier avant de signer.

  • Qui délivre la certification ? Vérifiez sur le site de France compétences si le titre visé est enregistré au RNCP et quel organisme en est le certificateur.
  • Quel est le statut de la formation ? Hors contrat, une formation n'engage pas l'État de la même manière qu'un diplôme national ou une formation sous contrat.
  • Que prévoit le contrat en cas d'abandon ou de fermeture ? Relisez les clauses de remboursement avant de verser un acompte.
  • Quelle est la santé de l'établissement ? Des signaux comme des départs de partenaires ou des conflits sociaux répétés doivent alerter.

À qui s'adresser : le récapitulatif

SituationInterlocuteurObjet
Alternance signée ou prévueEmployeur + OPCORéinscription dans un autre CFA, même certification
Frais de scolarité versésÉcole (par écrit), puis association de consommateurs ou avocatRemboursement des prestations non fournies
Liquidation judiciaire (si prononcée)Liquidateur désignéDéclaration de créance sous 2 mois (BODACC)
Poursuite d'étudesRectorat, établissements bretons, cellule bénévolePlace dans une formation équivalente
CVECCrous via cvec.etudiant.gouv.frRemboursement sous conditions, avant le 31 mai
Précarité, logementVille de Rennes, CCASAides d'urgence
La situation reste évolutive : les démarches officielles d'accompagnement des 300 étudiants n'étaient pas encore toutes définies au 4 septembre. Nous mettrons cette page à jour si le cadre juridique de la fermeture (cessation d'activité, redressement ou liquidation) venait à être précisé.
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